Avec la chute de la France pendant la 2e guerre, le côté français du Condominium se trouvait, du point de vue de Vichy, techniquement en guerre avec l'autre côté, anglais. Cependant en 1940, la population française des Nouvelles-Hébrides rallia immédiatement le camp du Général de Gaule et les forces libres françaises. Ce furent les premiers Français des colonies à le faire. Peut-être pour l'unique fois dans l'existence du Condominium, les Français et les Anglais n'étaient pas en complet désaccord. Avec la France pliée sous la loi allemande, l'ambassadeur français se trouvait en position difficile, sans support, du fait de l'absence d'un gouvernement français fonctionnant correctement. Mais les inquiétudes envers ce genre de questions furent éclipsées par l'approche rapide des forces japonaises.
Début 1942, les Japonais s’installèrent dans l'archipel tout proche des Salomon et les Néo-Hébridais vivaient dans la crainte de les voir arriver jusqu'à leurs rivages. Les Américains cependant débarquèrent les premiers, sans prévenir, en mai 1942. Une vision difficile à imaginer : se réveiller un matin, jeter un oeil sur la baie de Mele dans la lumière de l'aube et la découvrir envahie de bateaux de guerre. Nombre d'habitants de Port-Vila grimpèrent dans les collines croyant que les Japonais venaient d'arriver. Il fallut du temps pour rassurer les gens, mais l'arrivée furtive des Américains était indispensable à la stratégie défensive de lutte contre les soi-disant invincibles Japonais.
De nature effrontée et en état de guerre, les Américains prirent tout naturellement le contrôle. Ils organisèrent des infrastructures pour recevoir les hommes et les équipements nécessaires pour une contre-attaque. Ils apportèrent des centaines de milliers de tonnes de machines, construisirent des baraquements et des hôpitaux, des pistes d'atterrissage et des quais, tracèrent une route autour de l'île, tout cela avec la célérité typique du corps d'ingénieurs de l'armée dans la nécessité désespérée de repousser l'avance japonaise. Sans s'attarder sur les motifs, la lenteur des bureaucraties française et anglaise fut une honte, car ils ne firent rien pour soutenir le pays. Près de 100 000 hommes de troupe débarquèrent à Espiritu Santo, doublant de fait la population du pays pratiquement du jour au lendemain. Et dans l'archipel, un phénomène social intéressant se produisit : les Néo-Hébridais étaient stupéfiés de l'apparente égalité de traitement entre les blancs et les Noirs américains. Et quand ces Néo-Hébridais travaillèrent pour les Américains, ils reçurent des marques de respect et des salaires comme ils n'en avaient jamais eu auparavant. La générosité typique américaine se pencha aussi sur les conditions de vie des îliens et ils leur firent don de literie, vêtements, frigos et mobilier, tout cela réquisitionné auprès de la coopérative militaire. Les Néo-Hébridais connurent des jours heureux au début des années 1940. Le Vanuatu ne fut attaqué qu'une fois par un avion japonais (qui fut abattu), avec une seule victime : la vache Bess. Ainsi, le pays n'eut jamais à souffrir des horreurs de la présence japonaise comme la Papouasie-Nouvelle-Guinée ou les îles Salomon. Ils reçurent de bons traitements, de meilleures conditions de vie, une aide médicale moderne, furent témoins d'une croissance économique et d'une vaste expansion des commodités, dont une grande partie est encore utilisée aujourd'hui avec quelques améliorations, 56 ans plus tard.
Trois ans après, à la fin de la guerre, les Américains repartirent aussi vite qu'ils étaient arrivés. La politique de prêt exigée par l'effort de guerre résulta sur le fait que les Américains ne pouvaient faire face au retour massif des biens dans leur propre pays. Ils suggérèrent au gouvernement du Condominium de racheter les équipements, bulldozers et autres machines modernes, grues et camions, matériel de bureau, pour un prix dérisoire. Et les responsables du Condominium se dérobèrent pour finalement leur répondre que puisque de toute façon ils allaient partir en laissant tout derrière, pourquoi le Condominium devrait payer pour ces choses. La réponse fut de balancer tout le matériel mobile à la mer à coups de bulldozers. Cette décharge contribua au développement du Culte du Cargo, déjà important, à travers l'archipel et à l'augmentation du ressentiment des îliens contre la loi du Condominium. Autour d'Efate les plongeurs peuvent trouver des vestiges de ce matériel de guerre, mais l'endroit le plus célèbre reste la pointe du nom de Million Dollar Point sur l'île d'Espiritu Santo. Les autorités du Condominium gardèrent l'idée que les natifs avaient été trop gâtés et trop payés. De nos jours, de nombreux Vanuatais se souviennent comment les autorités venaient dans les maisons de leurs pères pour reprendre ce que les Américains avaient donné : vêtements, mobilier, et autres trésors comme les frigos et des radios. La France et l'Angleterre étaient en déroute à la fin de la guerre. Ils avaient juste assez pour reconstruire leur propre pays et relever leurs économies pour se préoccuper des besoins des lointains postes océaniens et l'économie néo-hébridaise continua à chanceler dans un système politique conjoint et inadapté. Puis une étincelle jaillit et elle ne sembla pas vouloir s'éteindre, dans les années 1960, elle était prête à se propager. |