En juillet 2008, le Domaine du Chef Roimata a été formellement enregistré à la liste des sites du patrimoine mondial de l'UNESCO, le premier du Vanuatu ! Ce Domaine se trouve à une demi-heure de route vers le nord de Port-Vila, le long de plages parfaites, d'un port naturel d'une beauté stupéfiante, avec la silhouette en forme de chapeau de l'île Artok se découpant sur l'horizon, et bien d'autres merveilles encore… Cliquez ici pour réserver votre visite sur le site!
Une histoire d'autrefoisDans une culture orale, les légendes passent de génération en génération. L'exactitude de telles légendes est souvent sujette à débat, car l'histoire peut changer d'un conteur à l'autre. Et comment faire pour distinguer les faits réels et la fiction ? Dans les îles du centre et du sud du Vanuatu existe la légende d'un grand et puissant homme. Un chef parmi les chefs, qui prit le titre de roi. Grâce à son magnétisme personnel, Roimata unifia les tribus cannibales et guerrières de la région et créa un groupe pacifié à une époque dont on se souvient comme celle des jours heureux. Mais la jalousie fraternelle mit fin aux jours de ce grand homme, quand son propre frère lui tira une flèche empoisonnée dans la gorge. Il ne mourut pas sur le coup, et souffrit une longue agonie. Les hommes de sa famille et de son clan endeuillés transportèrent le Roi agonisant autour de l'île d'Efate pour un dernier adieu à ceux qu'il avait pacifiés. Et finalement fut déposé dans la fameuse Grotte de Feles sur l'île de Lelepa où il s'éteignit. La légende précise ensuite qu'on le mena à Devil Point, à l'entrée des mondes sous-marins et que par les grottes sous-marines de Tukutuku on l’emporta jusqu'à l'île proche de Retoka (ou l'île Hat, îlot Chapeau) où on l'enterra. La légende dit encore que, comme le voulait la coutume de la région, ses suivants, hommes et femmes furent inhumés à ses côtés, le plus effrayant réside en le fait qu’ils furent enterrés vivants. Dans quelle mesure cette légende est-elle vraie ? Elle raconte par exemple comment les eaux entre Tukutuku et l'île Retokas'ouvrirent pour laisser passer le cortège funèbre. Cela ne peut être vrai. Par contre, les grottes de Tukutuku sont très réelles. Des tunnels et des flots de lave refroidis et recouverts de corail créent un labyrinthe qui peut facilement aboutir à un monde sous-marin mythique. Mais les grottes ont été explorées par des plongeurs et aucune ne mène à Retoka. Quand cela s’est-il produit ? La lignée matriarcale du peuple de Tongoa (qui conserve encore aujourd'hui des légendes orales remontant à leur installation au Vanuatu il y a plus de 5000 ans) la situe autour de 1265. Un tabu vieux de sept cents ans, dû à la douleur de la perte du Roi avait été placé sur l'île de Retoka, plus connue sous le nom de l'île Hat (voir photo ci-dessous).
Personne ne vivait sur l'îlot, et rares sont les courageux à aller y dormir ou simplement s’y rendre, malgré les possibilités de pêche ou de ramassage d'œufs de tortue. L'île Hat était réputée comme l'île de la mort, un endroit hanté. En 1967, un archéologue français, José Garanger se proposa d’effectuer des fouilles et de retrouver la sépulture de Roimata, afin de démêler la vérité de la légende. Les chefs de Lelepa, curieux, donnèrent leur accord, sous la condition que le tombeau soit refermé après les recherches. Sur l'île, le site fut découvert étonnamment vite. Deux plaques de roches, telles des stèles, se trouvaient au pied d'un grand arbre blanc, dans une clairière naturelle à quelque cent mètres du rivage, sur la côte nord-ouest. La tradition orale stipulait qu'aucun arbre ou brousse ne repousserait jamais sur la tombe de Roimata.
Sur une zone de 20 m par 10 m, l'équipe d'archéologues commença à creuser, et à moins d'un mètre de profondeur mis à jour des restes humains. De nouveau, la légende fut vérifiée, 47 squelettes furent exhumés. Comme les travaux de fouilles avançaient, il devient vite évident qu'on avait affaire à un enterrement de masse. Une fois la tombe ouverte, les archéologues prirent bonne note de leurs découvertes, firent des photos, et le site fut recouvert, avec tous ses trésors du passé, comme l'avaient exigé les chefs de la région. La tradition orale donne des informations sur l’emplacement et relate une histoire incroyable. Le plus étonnant restant encore l'exactitude de la légende. Quarante-sept squelettes furent découverts, et une datation au Carbone 14 situa leur mort entre 1250 et 1300.
Ce fait scientifique étaye la tradition orale. Et une telle légende révèle ce qu'a dû être réellement l’histoire. Le décès de Roimata a représenté un évènement majeur. Un cortège funèbre comptant avec des centaines de personnes a certainement suivi Roimata jusqu'à sa dernière demeure. Et 46 d'entre eux ne devaient pas en repartir vivants. Les enterrements de masse étaient coutume jusqu'à l'arrivée des Européens. Traditionnellement, lorsqu'un grand chef décédait, il devait avoir à ses côtés des membres de sa famille et ses suivants pour l'accompagner au royaume des morts. Au moins une des femmes devait partir avec le défunt, Roimata en avait dix. Parmi les sacrifiés se trouvaient les très vieux, les malades incurables, les enfants dont les mères avaient péri en leur donnant le jour et les épouses des petits chefs, les épouses des sorciers morts.
D'un point de vue purement pratique, c'était le moment de supprimer les personnes improductives, pesant sur la communauté, et celles qui avaient causé la mort d'autres gens. Pour les hommes, l'enterrement vivant suivait une cérémonie rituelle du kava, qui en cette occasion était mélangé à une substance soporifique. Mais les femmes, qui n'étaient pas autorisées à boire le kava, étaient soit enterrées vives, soit étranglées avant d'être placées à côté de leurs maris. Toutes ces dépouilles étaient tournées vers le sud-ouest, de manière à ce que leurs esprits puissent entrer dans les terres désertiques des morts, au large de Devil Point. Les corps les plus proches de Roimata portaient des ornements raffinés, bracelets, coquillages, et os sculptés
Ce devait être les proches du roi ou les volontaires. Roimata portait aux bras des dents de cochons à une révolution, et des coquillages blancs « magiques » étaient placés en des endroits stratégiques autour de son corps. Sa tête reposait sur un bloc dressé de calcaire. Nombre de crânes avaient la forme allongée typique d'une coutume respectée dans certaines îles du nord, qui consiste en une élongation du crâne obtenue en forçant les os crâniens du bébé après la naissance. Il n'existe plus de tabu sur l'île Hat. Les propriétaires coutumiers proposent des excursions pour explorer l'île Hat et le site funéraire de Roimata. |
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